Il y avait autre chose qui le tracassait : il était persuadé qu'un diable vivait sur son épaule.
_Stol, c'est idiot ! S'esclaffa mon père. Quel genre de diable, dis-moi ?
_Un diable minuscule. Qui se déplace à toute vitesse.
_Ah oui ? Et on peut savoir à quoi ressemble cette créature totalement (c'est moi qui souligne) inventée par ton cerveau malade ?
_Je ne sais pas, justement. Je n'ai jamais réussis à tourner la tête assez vite pour le voir.
_Pour la bonne raison qu'il n'y est pas !
_Si, si il y est. Mais peut-être qu'il est si rapide que le temps que je regarde sur cette épaule, il a sauté sur l'autre.
Papa fit tourner son index sur sa tempe.
_J'ai une idée Stol, déclara Maman. Tu n'as qu'à te regarder furtivement dans un miroir.
_On ne voit pas les diables dans un miroir, maugréa Stol. Je pensais que tout lez monde savait ça.
Papa émit un bruit d'explosion. Maman s'empressa de lui lancer :
_Geoff, je ne suis pas sûre d'avoir fermé la remise à clef. Tu veux bien aller vérifier ?
Papa se précipita hors de la pièce, et maman se tourna à nouveau vers Stol.
_Ne ne t'énerve pas. J'essaie de t'aider c'est tout.
Stol fit une grimace.
_Pardon. Mais je suis tellement à cran ...
_Tu ne dors pas ?
_Je ne dors presque pas.
_Tu te rends bien compte que cette histoire est totalement ridicule ?
_Oui.
_Mais tu continues à y croire ? (Maman soupira) Stol, personne n'a un petit diable sur l'épaule, visible ou invisible.
_Je sais, je sais ! Mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il est peut-être là.
Maman l'attira à elle et le fit asseoir sur ses genoux. (Il y a un ou deux encore, Stol aimait bien que Maman le prenne sur ses genoux, à condition qu'elle fasse semblant de le forcer à s'asseoir.)
_Stol, est-ce que tu as parlé à tes parents de tes ... de tes ...
_Obsessions, suggéra Stol aimablement
_Petits soucis, corrigea Maman.
_Non.
_Eh bien, il faut que tu leur en parles. Dès ce soir en rentrant.
_J'espère bien rester ici, ce soir, dit Stol d'un air tout triste. Maman est en Colombie en train de faire des photos sur le charme mystérieux du chapeau mou. Papa va rentrer tard du travail.. Et Anna Magdalena avait bien envie d'aller au bowling.
Maman céda, comme d'habitude.
_Bon alors la prochaine fois que tu vois ton père, tu lui en parles. Promis ?
Promis.
Quand elle revit Stol, elle lui demanda
_Et ton diable au fait ? Qu'est-ce qu'il a dit ton père ?
Stol fit une grimace.
_Il a commencé par me faire subir un interrogatoire en règle pour que je lui dise de quoi ce diable était capable, à quelle vitesse il pouvait sauter, etc. Ensuite, quand je lui ai demandé ce qu'il en pensait, il s'est tapé les dents du bout de son crayon et il m'a lorgné par-dessus ses lunettes.
_Et qu'est-ce qu'il a dit ... ?
Je ne sais pas à quoi Maman s'attendait. Elle connaît Franklin, quand même.
_Il a dit : « Si l'on envisage tes postulats dans leur contexte, je dirais que c'est tout à fait possible. »
Ca ne rigole pas avec le père de Stol, vous voyez ?
Mais il a réussi. A partir de ce jour, il n'a plus jamais été question de diable. Je crois que Franklin avait tellement agacé Stol qu'il l'avait débarrassé de son obsession. Tout ce que je sais est que, chaque fois que je me réveillais au milieu de la nuit, tracassé par des choses beaucoup plus terre à terre, comme le fait d'avoir abîmé la couverture de mon livre de géographie ou renverser de l'encre indélébile sur mon jean tout neuf, je voyais Stol dans l'autre lit, qui dormait à point fermé, en ronflant très légèrement.